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Sifer 2017

21-23 mars 2017   |  Lille Grand Palais, Lille, France

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La tribune des partenaires

Les grands défis d’une industrie forte et stratégique

Philipe Citroën, Directeur général UNIFE

Philippe Citroën

L’industrie ferroviaire européenne est une industrie diversifiée, présente partout en Europe et qui rassemble à la fois de grands champions industriels et des milliers de PME, que ce soit dans les domaines de la production du matériel roulant, des systèmes de signalisation (en particulier ERTMS) ou de l’infrastructure. Au total, l’industrie ferroviaire européenne emploie quelque 400 000 personnes dans toute l’Europe. Grâce à des ventes totales s’élevant à 47 Milliards €, l’industrie ferroviaire européenne fournit encore aujourd’hui 46 % du marché ferroviaire mondial. A l’heure de la digitalisation, le leadership mondial de cette industrie fortement exportatrice s’explique notamment par sa capacité à sans cesse innover, et le rôle joué par les PME-PMI est là encore fondamental.

La bonne nouvelle pour les constructeurs et équipementiers ferroviaires européens est que la demande pour les produits ferroviaires va continuer à progresser sur tous les continents. En effet, selon les résultats de la dernière édition de la World Rail Market Study, publiée en septembre 2016, le marché ferroviaire mondial devrait progresser de 2.6% par an d’ici à 2021. Ces prévisions de croissance s’expliquent par un besoin accru de mobilité ferroviaire imposé par les défis de l’urbanisation, du changement climatique ou de la raréfaction des sources d'énergie.

Avec le soutien souvent indispensable des décideurs politiques, il appartient aux entreprises européennes de tout faire pour conquérir ces marchés à l’échelle mondiale. Le défi est considérable car nos entreprises sont confrontées à un accès toujours plus restreint de certains marchés extérieurs clés quand au même moment la concurrence en provenance d’Asie, et en particulier de Chine, se fait de plus en plus féroce sur d’autres dits accessibles.

Cette situation inquiétante a été parfaitement résumée par le Parlement européen dans sa Résolution sur la compétitivité du secteur européen de l’équipement ferroviaire, adoptée le 9 juin 2016. Les Députés européens y rappellent notamment que « si l’Union européenne est largement ouverte à la concurrence des pays tiers, des obstacles qui défavorisent le secteur européen de l'équipement ferroviaire persistent dans ces pays et que les concurrents des pays tiers, en particulier de la Chine, mènent une politique rapide et agressive d'expansion en Europe et dans d'autres régions du monde et bénéficient souvent pour ce faire d’un fort soutien politique et financier de leur pays d'origine ».

En conséquence, le Parlement européen demande la mise en place de conditions égales et équitables pour tous dans la concurrence mondiale et un accès réciproque au marché afin de prévenir le risque de pertes d'emplois et de sauvegarder le savoir-faire industriel en Europe. Nous nous réjouissons maintenant de travailler avec la Commission européenne, le Parlement européen, les Etats Membres comme la France et les acteurs de la filière pour faire en sorte que les recommandations fort pertinentes du Parlement européen se concrétisent au plus vite.Unife

 

La révolution ferroviaire est en marche 

Jean-Pierre Audoux, Délégué général de la FIF

Jean Pierre Audoux La 10e édition de SIFER, le seul salon ferroviaire international organisé en France, est l’occasion de revenir sur les grandes évolutions de la filière mais aussi et surtout sur les enjeux de demain.

1999 – 2017 : le secteur ferroviaire a vécu des mutations géo-économiques majeures

Quatre grandes tendances ont émergé à l’amorce de ce 21e siècle. La première est que le marché ferroviaire a crû de manière plus conséquente que le PIB mondial. Un fait important qui démontre le dynamisme durable de ce marché. Deuxième grande tendance : le marché mondial du ferroviaire a changé de dimension en près de 20 ans. La dernière étude Roland Berger évalue à 159,3 milliards d’euros le chiffre d’affaires du marché. L’activité pointait à 35 milliards en 1994 selon une étude Mercer. Le marché est devenu mondial, c’est là le 3e constat mais surtout l’émergence de l’Asie s’est accélérée. Beaucoup d’investissements ont été opérés par la Chine plus particulièrement qui a fait du ferroviaire l’un de ses axes stratégiques de développement. Auparavant considéré par les intégrateurs européens comme un eldorado, la pensée s’est inversée. C’est désormais la Chine qui se développe à l’étranger. Enfin, un quatrième constat qui rejoint le précédent : les grands groupes de l’époque (Alstom, ADTranz, Siemens…) ont perdu des parts de marchés et ont vu leurs marges se réduire face à la double pression de leurs nouveaux concurrents européens et de la concurrence chinoise, japonaise ou coréenne.

Quelle est la place de la France au sein de cette économie mondialisée ?

La France a cette chance de disposer d’une expérience dans presque tous les segments ferroviaire : le métro automatique, la grande vitesse, la signalisation… En Chine, des opportunités perdurent pour les entreprises françaises, notamment en matière de tramway et de signalisation. Nos entreprises ont une présence à l’international forte qui leur permet de lutter face à l’émergence asiatique et aux nouveaux acteurs européens. A noter aussi l’attractivité de notre territoire : on observe de nombreuses fusions – acquisitions de l’étranger vers la France. C’est une marque réelle de notre savoir-faire, mais aussi une source d’inquiétudes.

Sur le volet intérieur, de nombreux chantiers permettront de valoriser notre savoir-faire à l’échelle mondiale. Citons entre autres la fin des travaux de quatre nouvelles lignes à grande vitesse, les intercités avec notamment la Normandie qui deviendra la première région à devenir AOT pour le TET. L’urbain et le péri-urbain est un marché en pleine expansion avec notamment le projet du Grand Paris et le renouvellement du parc de trains d’Ile-de-France. Malgré la crise, les investissements de régénération du réseau ont triplé entre 2005 et 2015. Aujourd’hui, l’heure est à sa modernisation et non plus seulement à son renouvellement.

De belles perspectives qui doivent cependant ne pas occulter des dossiers plus sensibles comme le fret par exemple. Par ailleurs, les débats sont multiples concernant l’ouverture à la concurrence pour les voyageurs. Il y a là de fait des enjeux majeurs pour l’industrie ferroviaire.

Et dans 20 ans ? Les acteurs du ferroviaire deviendront des opérateurs de la mobilité !

Les défis sont là aussi multiples et une interrogation demeure en matière de disruptif. De grandes innovations sont nées par le passé : le TGV bien sûr mais aussi le tramway avec alimentation par le sol ou encore les trains hybrides. La dernière grande révolution technologique et sociétale qu’a vécue le ferroviaire est la grande vitesse. Désormais, l’innovation se concentre davantage sur la manière d’optimiser la maintenance, l’information voyageur… Les opérateurs ferroviaire s’efforcent à devenir des opérateurs de la mobilité ! Le secteur fait face à une urbanisation croissance qui rend plus cher la construction de lignes dans les villes. Parallèlement, le ferroviaire est moins connecté que la route. Une vraie révolution est à opérer, à commencer par la digitalisation du ferroviaire. Une des solutions est-elle de collaborer davantage avec d’autres secteurs qui proposent des modes de transports alternatifs ou d’autres services de mobilités ? Pourquoi pas… Les grandes tendances de demain seront liées à l’intermodalité, à la mobilité et à la valorisation du patrimoine.

La FIF

Pour rester dans la compétition mondiale, les acteurs de la filière ferroviaire française doivent opérer leur mue digitale

Yves Ramette, président de i-Trans et IRT Railenium

Yves RametteAvec 4,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires, dont 30% est réalisé à l'export, la filière ferroviaire française se positionne dans le trio de tête mondial, derrière la Chine et l'Allemagne. L'expertise de notre écosystème industriel est reconnue dans le monde entier et quelques-unes de nos innovations sont devenues de véritables emblèmes de notre savoir-faire : la grande vitesse, le tramway, l'automatisation du métro. Et pourtant... Le secteur ferroviaire vit une époque charnière, coincé entre l'envie d'exporter ses acquis auprès de très grands pays en développement comme l'Inde et l'ambition de créer les conditions d'un renouveau technologique capable de générer de nouvelles innovations de rupture comme le train autonome par exemple.

Pour maintenir sa compétitivité et ainsi continuer à générer de la valeur économique sur son territoire, la filière ferroviaire doit investir de manière plus importante en matière de recherche et développement et d'innovation et s’appuyer sur la révolution digitale et numérique. Pour y parvenir, la filière doit accepter la fertilisation croisée avec d'autres secteurs industriels. Regardons un instant la capacité d'innovation des modes de transport concurrents, à la fois sur le plan technologique et sur les modèles économiques : le covoiturage, la voiture partagée, l’ubérisation, le low-cost aérien, la géolocalisation par satellite. L’internet des objets. C'est un comble, le ferroviaire ne peut pas avoir un train de retard ! Le ferroviaire doit se donner les moyens de retrouver sa place de leader technologique et économique.

La collaboration avec d’autres acteurs industriels innovants est une des clés de nos réussites futures... En nouant des partenariats avec l'écosystème de la FrenchTech, en construisant des grands programmes de RDI sur des enjeux technologiques futurs majeurs, en poursuivant le travail entamé avec Fer de France pour construire une offre nationale de formation de haut niveau adaptée à la demande du marché afin d'attirer de nouveaux talents et améliorer les outils de l’apprentissage.

i-Trans et Railenium, outils modernes de financement et d’innovation s’il en est, ne sont pas encore assez sollicités par les grands acteurs du domaine.

Ces outils peuvent permettre le déploiement d'une stratégie globale autour de la question de la mise sur le marché d’innovations ferroviaires et de services menées avec l'ensemble des parties prenantes comme les grands opérateurs de transport, les gestionnaires de réseaux, les meilleurs milieux académiques, les écoles d’ingénieurs, les start-ups innovantes, les PME/PMI toutes filières confondues…Pour proposer au marché des systèmes techniques et économiques performants, pour optimiser les procédures d'essais mutualisées, développer les modèles et outils numériques de pré qualification, s’inscrire sans hésiter sur échelle européenne ou même mondiale pour pouvoir rivaliser avec les meilleurs… dans les meilleurs conditions.

Cinq objectifs prioritaires sont régulièrement partagés par l'ensemble des acteurs de la filière ferroviaire : la réduction des coûts, la performance / sécurité exploitation, l'efficacité du cycle de développement, l'empreinte environnementale, l'amélioration de l'expérience voyageur.

Le défi correspondant est à notre portée, conditions de la transformation de la filière ferroviaire. Il faut maintenant s’en saisir et agir.

i-Trans Railenium

Les entreprises du ferroviaire des Hauts-de-France doivent se regrouper et se tourner vers l’International

Héric Manusset, Directeur général AIF (Association des Industries Ferroviaires)

Heric ManussetUn marché tourné désormais vers l’international

Avec 14 000 emplois et plus de 200 entreprises, les Hauts-de-France concentrent aujourd’hui 40 % de la production ferroviaire française. Pour autant, depuis 2012, le marché a beaucoup changé et s’est notamment mondialisé. S’il y a 10 ans, la pensée internationale n’en était encore qu’à ses balbutiements, aujourd’hui il est devenu une priorité. Les opportunités s’avèrent donc énormes pour les entreprises de la région.

Ainsi, pour exemple sur les 500 villes millionnaires (en nombre d’habitants) dans le monde, 330 n’ont pas de transport urbain dont 300 sont situés hors d’Europe. Face à cette internationalisation, elles doivent être capables d’innover et surtout de travailler ensemble pour proposer des solutions complètes. Un enjeu de taille pour les PME et PMI de la région habituée à proposer des solutions de qualité mais pas suffisamment encore des ensembles de plus en plus intégraux. Pour aller conquérir ses nouveaux marchés et notamment ceux du Maghreb et du Royaume-Uni (dont le marché Infrastructure est prometteur) et permettre aux sous-traitant de peser plus, une solution est de collaborer en créant des groupements d’entreprise.

Le premier d’entre eux a vu le jour fin 2015. Axelium regroupe ainsi une centaine de docteurs, ingénieurs et techniciens pour proposer une expertise pointue dans le ferroviaire mais aussi dans l’aéronautique et la défense, l’automobile, l’industrie ou encore l’environnement.

La diversification : clef de la réussite

Autre défi pour le ferroviaire en région, le virage de la diversification. Si en 20 ans de nombreuses innovations ont vu le jour notamment dans la grande vitesse, demain le défi consistera à proposer des infrastructures plus respectueuses de l’environnement (avec des déconstructions de train pièce par pièce), plus confortable (généralisation du wifi, moins de bruit) et surtout permettant d’embarquer plus de passagers. L’utilisation des nouvelles technologies et des matériaux toujours plus légers et performants deviendront primordiaux. Les modes de constructions évoluent et continueront d’évoluer.

Les procédés, les matériaux pourront servir dans le ferroviaire mais aussi dans le naval ou la logistique. Ainsi une entreprise utilisant la technique de la mécano soudure devrait pouvoir travailler dans le ferroviaire mais aussi pour le fluvial pour les barges navales par exemple. Une nécessité surtout avec l’arrivée du canal Seine-Nord.

La maintenance, un secteur d’avenir

Dernier tournant majeur pour la filière du ferroviaire, celui de la maintenance. Ce secteur était réservé hier à la SNCF mais demain les régions (propriétaire des flottes) pourront assurer la maintenance de leurs trains. Avec un parc ferroviaire d’une moyenne de vie de 8-10 ans, il va être nécessaire de permettre aux trains d’atteindre plus de kilomètres d’où un besoin de compétences.  Un marché porteur donc où nos entreprises locales pourront se positionner.

aif